« Nelsinho no deserto do Negev... | Entrada | Ausência de actualizações »
janeiro 27, 2005
Os anarquistas connosco!
É este o título de um curioso texto de Robert Brasillach publicado em 1937 no "Je suis partout", que mão amiga me fez chegar. Muito interessante a abordagem à mentalidade francesa, em particular a postura revoltada vs. conformismo, com alguns pontos de contacto com a nossa própria realidade portuguesa.
Um texto bem actual, mais oportuno ainda quando estamos a 10 dias do sexagésimo aniversário do fuzilamento de Brasillach.

LETTRE A UNE PROVINCIALE : LES ANARCHISTES AVEC NOUS !
Rassurez-vous, ma chère Angèle, je ne veux pas faire pénétrer dans votre salon quelque noir gaillard chevelu, porteur de bombes, et chantant la vieille chanson de Ravachol: "Si tu veux être heureux - Nom de D... - pends ton propriétaire; Si tu veux être heureux - Nom de D... - fous les églises par terre." Ce n'est pas encore à ces
anarchistes que je pense, bien qu'ils se préparent sans aucun doute à ressusciter, et vous savez que la Fédération Anarchiste Ibérique a désormais des filiales chez nous, et que le drapeau noir flotte à l'Exposition, à côté du drapeau rouge. Mais je pense à tous
ceux qui commencent à trouver que la France est un drôle de pays.
On nous a assez raconté, pendant des années, que le Français n'avait pas le sens de la
discipline et n'aimait pas qu'on l'embête. Nos vaillants petits soldats, on le sait de reste,
sont débrouillards, mauvaise tête et bon coeur, et nos électeurs ont le goût acharné de
l'individualisme et de la liberté. En bref, nous sommes le pays de l'anarchie. Hélas! ma
chère Angèle, n'avez-vous pas envie de rire, et ne pensez-vous pas que nous donnons
au contraire l'exemple d'un pays étrangement accoutumé à penser en troupe et à obéir au
doigt et à l'oeil?
Il fut de mode, quelque temps, de se moquer de ces écrivains qui, en cas de guerre par
exemple, soutiennent par la plume le moral de l'arrière. Je pense que ces plaisanteries
paraitraient aujourd'hui tout à fait déplacées. Les plus illustres se précipitent, stylographe
en avant, pourfendent les mal pensants et les révoltés. Le grave M. Jules Romains, qui
est décidément en train de devenir le pape de l'antifascisme libéral, blâmait l'autre jour en
un mandement fort bien senti ces mauvais Français coupables de dire que tout ne va pas
bien dans leur pays. Il lui paraissait indigne qu'on pût lire à l'étranger des journaux qui
attaquent le gouvernement, et sans doute voudrait-il qu'on les empêchât de paraitre. Je
suppose que c'est ce qu'on appelle la liberté au pays de Donogoo, et j'excuserai M.
Romains en vous rappelant simplement qu'il se plaint aussi que de jeunes fascistes,
disciples de M. Maurras, aient déchiré deux de ses livres dans un hôtel italien. C'est
mauvaise humeur d'auteur déçu, et nous préférons en rire plutôt que d'avoir à traiter le
père de Knock de noms trop peu courtois.
Mais devant les sottises épiscopales de M. Romains, devant la ruée vers les décorations
et vers les places, comment, ma chère Angèle, ne serait-on pas un peu ému? J'avoue
que, de temps à autre, j'éprouve un peu de sympathie pour quelques personnages dont je
me sens bien loin, lorsque, à travers leurs préjugés et leur envie, je vois renaitre un peu
d'esprit anarchique. Je n'ai pas grand espoir de les amener à une conception plus
raisonnable des choses, mais je me dis qu'il est assez beau que nos maitres arrivent à
dégoûter leurs propres partisans.
Je vous ai déjà parlé de M. Chabannes, le dictateur de nos théâtres. C'est un journal de
gauche qui, l'autre jour, commençait à trouver qu'on allait décidément un peu fort, et
qu'après tout, M. Chabannes devait être classé immédiatement au-dessous du zéro
absolu. Ce n'est pas moi qui y contredirai. Et lorsque la C.G.T. interdit à M. Jean Renoir,
communiste notable et artiste gouvernemental, d'engager pour son film des figurants non
syndiqués, ce fut une belle protestation chez quelques journalistes et quelques artistes
pourtant bien en cour et habituellement fort soumis. Je n'ai pas la naïveté, ma chère
Angèle, de croire ces protestations et ces observations toutes pures, toutes
désintéressées, et surtout toutes durables. Mais justement, il me plait assez que les
mesures absurdes que nous voyons prendre chaque jour contre les libertés, soient
prises aussi contre l'intérêt de chacun. Peut-être alors finira-t-on par comprendre.
Il n'est pas vrai, ma chère Angèle, que notre peuple soit moins moutonnier et plus
indépendant que les autres. La crédulité sans bornes dont il fait preuve aujourd'hui nous
le prouve bien. Mais au milieu de ses moutons, parfois Panurge, qui allait suivre le
mouvement, s'arrête et réfléchit. Après tout, pourquoi se jetterait-il à la mer? On a réussi
à domestiquer beaucoup d'entre nous: les uns obéissent par goût naturel de
l'obéissance, d'autres parce qu'on les paie, d'autres parce qu'on leur a fait croire qu'il
était beau d'obéir, d'autres enfin par ce mélange de sincérité et d'intérêt qui est à l'origine
de la plupart des opinions humaines. Quand il s'agit d'écrivains, rien n'est plus facile que
de les tenter: diriger un service de propagande a toujours été pour eux le suprême appât,
et ce n'est pas tout à fait en vain que Paul Claudel, dans une prière célèbre, invoque en
saint Jude le patron à la fois de l'homme de lettres et de la prostituée.
Mais quelquefois un vieux remords les saisit, au milieu même de l'exercice de leur métier.
Un vieil orgueil vient leur rappeler qu'ils ont mis leur gloire dans la révolte. Toute l'idéologie
du XIXe siècle, qu'ils ont servie et vénérée, est là pour leur rappeler les devoirs sacrés
de l'insurrection. Ne soyons pas trop étonnés si quelques-uns d'entre eux, moins habiles
peut-être à la soumission, ou moins récompensés, déclarent de temps à autre qu'ils
veulent être libres.
L'appui le plus sûr d'une révolution, qu'elle soit juste ou non, qu'elle soit nationale ou non,
ce n'est pas tant la fermeté de sa propre doctrine et le courage de ses hommes que les
fautes de l'adversaire. A un peuple qui n'a pas plus le sens de la liberté qu'un autre, mais
qui aime le mythe de la liberté, à qui l'on a persuadé que la liberté était tout, il sera peut-être difficile d'imposer la plus imbécile des dictatures. A chaque instant, il peut se trouver
un homme, un groupe, pour s'étonner d'une persécution ridicule, d'une mesure plus
révoltante encore pour le bon sens que pour la justice. C'est peut-être parce qu'on avait
mis un policier à la tête de la Comédie Française que le 6 février a éclaté. Pour ma part,
c'est dans le réveil des plus vénérables sentiments d'anarchie que je mets mon plus
grand espoir.
Robert BRASILLACH. (Je Suis Partout, 24 avril 1937.)
Publicado por FG Santos às janeiro 27, 2005 06:10 PM