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outubro 25, 2004
Lucette Destouches, a mulher de Céline (3)
Conclui-se hoje a publicação deste extraordinário documento, que se deseja aprofunde o conhecimentos dos nossos leitores sobre a personalidade e obra de Louis-Ferdinand Céline.
Brisons là. Le magnétophone gêne Mme Céline. La mécanique la fige dans une attitude qui lui paraît sereine. Plus tard, en l’absence de tout micro, elle nous reparlera plus librement de cette époque. De Robert Le Vigan, l'acteur fameux de Goupi Mains Rouges : " Il avait deux obsessions : manger et trahir. L'une n'allait pas sans l'autre. Aussi, chaque jour, dénonçait-il Céline à la Gestapo, rapportant ses propos anti-allemands. Et pourtant ils étaient amis... " (7) De l'Allemagne: " Les nazis pressaient Céline pour qu’il prenne la parole dans un camp de prisonniers français. Céline s'y refusait. S'il parlait, disait-il, il attaquerait l’Allemagne. Et il le fit. Ayant finalement accepté, il tint, en effet, devant le stalag les propos suivants : " En 40, vous ne vous êtes pas battus " et maintenant que l'Allemagne s'effondre, vous ne vous révoltez pas!" Deux heures durant... Résultat ? Nous fûmes incarcérés dans un camp d’objecteurs de conscience!" (8)
— Comment organisait-il son travail d'écrivain ?
— Toutes ses recherches portaient sur le style. Pour toucher le lecteur, pensait-il, il faut adopter son langage. Il recherchait donc une plus grande simplicité. Pour y parvenir, il travaillait d'arrache-pied.
— Est-ce que les mots, par exemple...
— Il en inventait. Il cherchait un rythme, il cherchait à entrer dans les choses et non pas à les voir de l'extérieur. Il restait sur un mot des jours entiers. Et même un mois s'il le fallait.
— Avait-il des plaisirs en dehors de celui que pouvait lui procurer le travail ?
— Il aurait pu en avoir mais il n'en avait pas le temps. Volontairement, il n’a fait que travailler car, physiquement, il n'était pas très solide. Il travaillait une heure ou deux par jour; le reste du temps, il était hébété de fatigue. Il avait vraiment de très graves maladies. Les fièvres qu'il avait contractées lors de son séjour en Afrique, ce bras qui lui faisait horriblement mal puisque, à la fin, il ne pouvait plus du tout écrire... Ce bras mort lui a causé mille douleurs. Mais c’est sa tête surtout ! Soldat, il avait subi un traumatisme crânien. Sans doute, quelque chose a dû éclater à l'intérieur de sa tête. Conséquence : un bourdonnement intermittent, comme un train qui passerait jour et nuit sur votre tête. Et, chaque fois, les crises devenaient un peu plus insupportables. Sa tête éclatait, elle se soulevait... Il restait souvent pendant une demi-heure comme cela. On lui reprochait sa brutalité à l’égard des visiteurs, des journalistes surtout. Supposons que vous l’ayez vu lui et non moi, que vous l’ayez intéressé, il vous aurait longuement intéressé, il vous aurait longuement parlé. Il se serait sans doute énervé. Avant de pouvoir retravailler, il en aurait eu pour trois jours. Aussi était-il avare de son temps. Quand il voyait les gens, il les repoussait, parce qu'il savait qu’il n’avait plus beaucoup de temps. On prétendait alors que c’était un sauvage... Simplement, il économisait son temps. Tenez; il avait toujours eu envie d'aller au musée de la Marine, et pourtant il ne s’est jamais accordé le plaisir de prendre un taxi pour y faire un saut. Jamais on n'a participé à une fête, jamais on n’est allé au cinéma. Il était attaché à son travail, comme s'il avait vécu au Moyen Age. Il adorait les bâtisseurs de cathédrales qui faisaient un énorme travail et qui ne parlaient pas!
— Il croyait d'ailleurs beaucoup au Moyen Age...
— Il souhaitait être anonyme, il ne voulait pas entendre autour de lui : "C’est Céline, c'est le grand." Il s'en fichait. La preuve ? C’est qu'il a pris le nom de Céline pour que l'on ne parle pas de Destouches. Céline, pour lui, c'était un masque, le nom de sa mère. Quand on le reconnaissait, il était malheureux. Ici il avait mis sur sa plaque Destouches, en espérant qu’on ne saurait pas qui il était, non pour se cacher du point de vue politique mais par simple modestie. Jamais il ne relisait ses livres. Pour la Pléiade, lorsqu'il a fallu corriger les épreuves, il en fut malade. Il n’avait aucune vanité, il n'aimait pas la gloire; il aurait simplement aimé que les Français reconnaissent qu'il avait fait un effort en faveur de leur langue. Un point c'est tout !
— A lire et relire ses livres, on sent un Louis-Ferdinand Céline amoureux de l'argent...
— Il avait peur de la misère; il l'a trop connue, étant jeune. Il redoutait de revenir en arrière, de tomber, de traîner dans un hôpital pendant des années. Aussi répétait-il souvent : " Je veux au moins pouvoir finir mes jours dans une chaumière, chez moi et tout seul..." et il avait raison. Vous savez, après le Danemark, il a tout fallu recommencer. Il ne pouvait plus marcher, il ne voyait plus. Il avait eu la pelade, maladie qui date de Philippe-Auguste ; on perd ses cheveux, ses dents. En somme, c’était un mort qui continuait à vivre !
— On se souvient toujours mal de la mort de Céline.
— Oh, il n’y a rien à en dire sinon que la presse, télévision, et cinéma se sont rués sur sa dépouille comme une meute de chacals. Il y en a même qui m'ont téléphoné parce que je n’avais pas voulu annoncer sa mort (9). Ainsi, une journaliste m'a appelée en prétendant être très malade ce qui m'a forcée à lui révéler la nouvelle de sa mort. Ils ont tout essayé... Or il ne voulait personne à son enterrement. Il m’avait dit : "Je veux la fosse commune." Moi, je n’ai pas voulu, j’ai fait venir de Bretagne un petit bout de pierre, mais l’anonymat a été respecté.
— Parmi les gens qui ont beaucoup fait pour que l'on reparle de Céline, il y a Jean-Luc Godard. Il suffit de voir Pierrot le fou...
— Godard est un jeune, plein d’enthousiasme. Il ressemble un peu à un cheval qui s’emballerait. Il ne sait pas encore très bien courir.
— Mais n'aviez-vous pas demandé l'interdiction d’Une femme mariée ?
— Non, je n’ai pas exigé l'interdiction... J'avais trouvé que le texte de Céline n'était pas bien servi, car il n'était pas vulgaire, même lorsqu'il employait la vulgarité. C’est la première qualité de Céline, c'était plus fort que lui, il était... un aristocrate. Aussi me semblait-il que Godard l’avait mal employé...
— A quoi ressemblait une journée de Céline ?
— Je vous l'ai dit : il ne pensait qu'à son travail... Il ne dormait pas, la nuit. Dans notre chambre, j'avais toujours à ma portée un crayon, du papier. Il me disait: "Ecris, écris, écris ça, écris ça!" Et le lendemain, il reprenait tout son ouvrage. Pour un livre, il écrivait, je n'exagère pas, peut-être 90 000 pages. Il ne raturait pas... Il recommençait sans cesse. Il écrivait un roman en entier, puis il recopiait en enlevant ce qu'il trouvait trop lourd ou trop... Il coupait, il le reprenait, comme un dessinateur qui recommence éternellement le même dessin.
— Dans ses livres, Céline a toujours exprimé des ressentiments. Dans la vie, a-t-il exprimé des sentiments?
— Non, non, il avait trop de pudeur mais, vous m'entendez, jamais.
— Même à vous ?
— Il aurait trouvé ça si choquant... Il laissait voir son amitié, son amour, dans sa manière d’étre, dans sa manière de s'occuper des autres. Sa dureté servait à cacher un cœur excessivement sensible, excessivement tendre. C’est à ça qu'il faut penser.
— Etait-ce difficile de vivre avec lui ?
— Evidemment, il souffrait tellement. Il ne pensait jamais à lui, ni pour son habillement, ni pour sa nourriture, ni pour son confort. Il ne voulait pas être aidé. Je ne lui ai jamais vu un moment de faiblesse. Je vous dis, Louis c'était saint Jean la Croix, François d'Assises.
— Quelle était sa position profonde en face de la religion ?
— Il était trop pudique pour en parler. Je crois qu’il a été le plus grand mystique... I1 avait en outre la passion de la nature. Il pouvait s'arrêter devant une petite fleur, devant une source... éperdu d’admiration. Voilà ce qu'était Céline !
Ainsi donc portions-nous des masques. Masques qu’une histoire mal écrite, desservie par les passions, rendent obligatoires. Sans doute ce portrait de Céline par sa femme irritera plus qu'il ne réconciliera amis et ennemis d’un écrivain qui ne voulut ni des uns ni des autres. Mais convenons que tout procès exige le maximum de preuves. En voici une. Sachons en tenir compte.
Pariscope, 26 janvier 1966
Notes
(7) Hervé Le Boterf, biographe de Robert Le Vigan, a contesté, le 2 février 1988, ces accusations. répétées dans la biographie de Frédéric Vitoux.
(8) Raccourci mystérieux : c'est en mars 1942 que Céline fit (avec Lucette) un voyage de cinq jours à Berlin dans le but de confier à une amie danoise, Karen Marie Jensen, la combinaison de son coffre bancaire à Copenhague. Lors de ce voyage, on lui demanda de prononcer une allocution dans un Foyer de travailleurs français en Allemagne. Son discours improvisé déconcerta, si l'on en juge par le compte-rendu publié dans la presse et que Le Bulletin reproduira dans son prochain numéro. En septembre et octobre 1944, lors de son séjour au domaine des Scherz, à Kränzlin, les Destouches côtoyèrent quelques "bibelforchers" (réfractaires du service armé).
(9) Céline est décédé le 1er juillet 1961. Ce n’est que le 3 juillet au soir que Lucette Destouches accepta de laisser publier le communiqué suivant : " L’état de santé de Louis-Ferdinand Céline, atteint depuis quelques jours d’une affection cardiaque, s’est subitement aggravé". L’inhumation eut lieu le lendemain en présence des familiers et de son éditeur, Claude Gallimard.
Publicado por FG Santos às outubro 25, 2004 05:06 PM