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outubro 21, 2004
Lucette Destouches, a mulher de Céline (1)
O Bulletin Célinien publicou em tempos uma entrevista que Lucette Destouches, a mulher do grande escritor, concedeu ao Pariscope, poucos anos após a morte de Céline.
Escusado dizer que se trata de um documento excepcional, que ajuda a compreender a personalidade do polémico "artisan du langage". É além disso um testemunho comovente, que nos transporta para o universo sofrido e tão humano de alguém que nunca fez gala disso, pelo contrário.
Dada a extensão da entrevista, ela será repartida por três posts.
Boa leitura.
Entretien avec Lucette Destouches
Marc-Edouard Nabe publiera prochainement chez Gallimard un livre entièrement consacré à celle qui vécut avec Céline durant vingt-cinq ans, de 1936 à sa mort. Ce ne sera pas le premier livre la concernant puisque Pol Vandromme est l'auteur d'une subtile analyse de son personnage romanesque, Du côté de Céline, Lili, parue en 1983.
En attendant, nous avons exhumé une des plus importantes interviews qu'elle ait données à la presse. Cet entretien fut réalisé (au magnétophone) par Philippe Caloni et Gérard Guégan, cinq ans après la mort de Céline. Il y est question de Rigodon car sa parution était alors annoncée. Il faudra, en fait, encore attendre trois ans avant de le voir édité.
Nous avons tenu à reproduire ce document dans son intégralité même si, sur certains points, Lucette Destouches ne craint pas de conforter la légende célinienne. Si son plaidoyer décline parfois la défense forgée par Céline soi-même, au moins était-elle, on peut le croire, de bonne foi. Depuis, près de trente ans ont passé et certaines affirmations (aucune prise de position de Céline sous l'occupation, rédaction des Beaux draps antérieure à celle-ci, etc.) ne résistent plus à l'épreuve des faits aujourd'hui attestés. Reste le témoignage, irremplaçable, sur l'homme qu'elle a connu. Emouvant, car sincère et pudique à la fois, il méritait assurément d'être redécouvert.
D’abord, il y avait les chiens. Trois énormes blocs menaçants, remparts vivants contre l’intrus. Ensuite, leur maîtresse. Collants noirs, turban rose, image classique d'une danseuse qui ne l’est pas moins. Lucette Almanzor maître de ballet dans cette villa du bas-Meudon, semblait inquiète. " Vous venez pour mes cours ? ". Question sans réponse. " Pour Céline, alors ? ". Nous hésitons : " Oh, pour les deux... " Elle feignit de ne pas remarquer ce mensonge. Inévitablement, d'autres s’ensuivirent. Chacun joua ce jeu, plus révélateur en fait de notre façon de penser que ne l’aurait été un exposé de principes, sec et imprécis.
— Est-il vrai qu'un autre roman de Céline va paraître ?
— Oui, il s’agit de Rigodon. Il y a maintenant quatre ans, depuis la mort de Louis, que nous y travaillons. On le reprend, on le déchiffre... Mais il sera prêt très prochainement. Pour le mettre en forme, ça n'a donc pas été facile. Nous ne disposions que d'un brouillon. Définitif, cependant !(1) Seulement, il ne l’avait pas recopié au propre. Or, comme il écrivait avec difficulté, ayant très mal au bras, nous avons eu beaucoup de peine.
— Comment avez-vous exactement procédé ?
— C’est mon avocat qui s'en est occupé, qui l'a recopié lui-même, à la main, aidé de sa secrétaire, sans rien déranger, en respectant tout...(2) Certes, il reste quelques mots indéchiffrables, mais l'essentiel est que ce soit fini.
— Qu'allez-vous faire pour ces mots indéchiffrables ?
— Je respecterai tout, c’est-à-dire que je n'en mettrai pas un autre. Sans doute, ce sont des mots qu’il avait inventés, et si nous ne parvenons pas à les retrouver, autant les laisser en blanc. Je les ferai photographier et je les placerai à la fin du livre. Ainsi pourra-t-on juger de leur sens présumé.
— Que représente ce livre dans l'œuvre de Céline ?
— C'est la suite de Nord, la relation de notre traversée de l'Allemagne dans les deux sens pour ensuite aboutir au Danemark. ça dure vingt et un jours.
— Et il l'a écrit en combien de temps ?
— Il le ruminait depuis longtemps, il y pensait sans cesse. Et puis, il a mis deux ans; il est allé très vite pour ce livre.
— Vous qui l'avez lu, ça se présente comment ?
— Je vous l'ai dit, c'est la suite de Nord c’est-à-dire que c'est aussi bon. C’est l’aboutissement de tout son travail, de ses études sur le français, le plus précis, le plus simple, celui qui donne le plus de...
— Pourquoi ce titre ?
— Il en avait choisi plusieurs. Rigodon lui semblait plus approprié. Nous avons donc traversé cette Allemagne en feu. Les armées étaient en déroute. Elles rentraient au pays. C'était la fin... Les Russes, les Américains, les Français, de toutes parts, envahissaient l'Allemagne. Aussi étions-nous bousculés. Tantôt, on avançait, tantôt on reculait... Or, le rigodon est une danse : un pas en avant, un pas en arrière. D’où son choix pour le titre.
— Avez-vous la moindre idée sur la façon dont ce livre va être accueilli ? Va-t-il dissiper le malentendu qui...
— Il n'y a pas de malentendu avec Céline, ce sont les autres qui l'ont créé. Céline n'était qu’un écrivain... Il y a toujours des idiots, et comment les empêcher d’agir ? Mais, un jour, tout cela disparaîtra. Il ne restera plus que l'écrivain ou le médecin. Il a essayé d'aider les gens, mais il n'a jamais fait de politique. Ça ne l'intéressait pas.
— Vraiment, ça ne l'intéressait pas du tout ?
— Oh ! non, pas du tout ! Mais il est à craindre qu'on l'étouffera (3). Savez-vous que je ne peux aller dans une librairie demander du Céline sans qu'on me réponde qu'il n'y en a pas. C'est quand même extraordinaire ! Aussi ne donnerai-je Rigodon que si je vois réapparaître les autres livres. Sinon, ce n'est pas la peine, car c'est à l'éditeur, n'est-ce pas, de faire son travail, ou à celui qui diffuse... A quoi servirait alors une publication si on ne peut la trouver en boutique ?
— Vous donne-t-on les raisons de cette absence ?
— Non, non... Ils ne l'ont pas, c'est tout ! Toutefois, il est étrange qu'ils n’envoient pas une commande à Hachette [NDLR : diffuseur de Gallimard à l'époque]. Il y a des gens qui m'écrivent pour me demander où l'on .peut trouver Céline. Souvent, je les envoie chez Gallimard. Quelques jours après, ils m'écrivent à nouveau pour me dire que Gallimard aussi en manque. Où passent-ils donc ? Veut-on favoriser ceux qui imitent Céline ? A la Nationale, certains de ses livres ont disparu ; Les beaux draps ou l'Hommage à Zola, par exemple...
— En donnant Rigodon à un éditeur ne craignez-vous pas qu'il subisse le sort des autres ?
— Ce n’est pas son intérêt... Je ne sais pas encore ce que va en dire Gallimard. Je ne lui en ai pas encore parlé. Qu'aurait fait Louis, à ma place ? Mais comment savoir puisqu'il est mort le jour même où il a terminé avec ce livre.
— N'allait-il pas entreprendre autre chose ?
— Oui, mais c'était différent, c’était un livre pour moi. Sur la danse...Comme tous les jours, je lui parlais de la danse, il m'avait dit : " Je vais en faire un livre, mon dernier. " Il ne voulait plus écrire de romans, c’était terminé. Sur la danse, c'était autre chose, des anecdotes, des petits trucs, c'était amusant...
— Pourquoi ne voulait-il plus écrire de romans ?
— Il trouvait qu’il n’avait plus rien à dire... C’était une époque finie, il était très fatigué. Il est mort d'épuisement, d’ailleurs.
— Vivait-il isolé du reste des écrivains ?
— Il ne recevait jamais personne. Comment l’aurait-il pu avec le travail qu'il poursuivait et son état de santé ? Et puis, ce n'était pas un homme de lettres, c'était un médecin qui aimait le français, qui souhaitait le perfectionner. Il avait trouvé sa manière à lui de l'écrire, et il la perfectionnait sans répit.
— Exerçait-il ici ?
— Il n'était pas installé, mais il aimait tellement la médecine qu'il était toujours disposé à donner un conseil. Toujours gratuitement, d'ailleurs. Il était médecin et non commerçant. Mais, depuis la prison, depuis le Danemark, il avait perdu toute sa vigueur d'antan. Aussi conservait-il toutes ses forces pour travailler à ses livres.
— Au Danemark, des écrivains se sont-ils manifestés auprès de lui ?
— Il y a eu Paraz, qui a été gentil, qui lui a écrit, et Marcel... oui, Marcel Aymé. C'était un ami très sincère, mais autrement...il ne fréquentait personne .
— Lisait-il d'autres écrivains, des modernes ?
— Evidemment, il regardait ce qui se faisait. Il se documentait sur leur travail. Il avait son avis personnel: il ne voulait pas qu’on ébauche un roman mais qu’on l’écrive. Ce qui l'intéressait, ce n'était pas le roman, c’était l’écriture. Tenez, il aimait bien les correspondances historiques. Mais les modernes, très peu !
— Mais n'y avait-il pas des écrivains contemporains qu'il portait dans son cœur ?
— Il ne jugeait pas... Sans exiger qu’on l’imite, il voulait que l'on travaille : il trouvait toujours que les auteurs ne travaillaient pas assez, même s'ils étaient très doués, qu'ils n'allaient jamais jusqu'au bout de leur travail... Sauf pour Marcel Aymé, qui, selon lui, était un conteur extraordinaire. En fait, il lui arrivait souvent de relire La Fontaine.
Notas:
(1) En réalité, il ne s'agissait pas de la mise au point définitive du texte.
(2) Sans doute André Damien. C'est en 1968 que François Gibault deviendra le conseil de Lucette Destouches.
(3) Il convient de rappeler qu'en 1966 la diffusion et l'audience de l' œuvre de Céline n'avaient rien de comparables à celles d'aujourd’hui.
Publicado por FG Santos às outubro 21, 2004 05:21 PM